Le poids de papillon de Erri De Luca

Tout Avec Presque Rien
Le poids de papillon de Erri De Luca
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Bande-annonce

Fermez les yeux, partez en montagne. Entendez-vous l’eau espiègle des ruisseaux dévaler en riant les creux des roches noires? entendez-vous bruisser les feuilles des grands arbres rougissants? Les grands espaces…  


Citations


Qu’est-ce qu’être sauvage?

Dans le langage courant,
le sauvage est celui qui ne s’embarrasse guère des conventions sociales… 

Image extraite du film de Jean-Paul Rappeneau
Le sauvage, avec Yves Montant et Catherine Deneuve

Le mot « sauvage » vient du mot « selva », « la forêt ». 

Mais c’est un mot galvaudé, ce mot de « sauvage ». Il évoque la liberté, les espaces que rien n’entrave, tout ce qui est brut, intact, l’état de nature, l’instinct…  
En réalité, nous avons tendance à définir le « sauvage » par ce qu’il n’est pas : le « sauvage », c’est le contraire du dompté, de l’apprivoisé, du docile, du raisonné… du calculé. Certains disent que le sauvage, c’est le contraire du civilisé. C’est l’être solitaire par excellence.


Vous connaissez le film Into the Wild réalisé par Sean Penn ? Difficile à traduire en français… on pourrait dire « Vers l’état sauvage »… Eh bien le titre du livre dont il est issu le film en dit long sur la quête de ce jeune homme pour retrouver sa nature sauvage : ce livre de Jon Krakauer s’intitule Voyage au bout de la solitude.

« Il était seul, méconnu, heureux et proche du cœur sauvage de la vie. Il était seul, jeune obstiné, libre, seul dans un désert chargé d’air vif et d’eau saumâtre, parmi la moisson marine des coquillages et des algues, dans la lumière gris pâle du soleil. » 

« Chris était de ces gens qui pensent qu’il ne faut rien posséder d’autre que ce que l’on peut porter sur soi »  

Extraits de Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer. 


Dans son essai daté de 1962 La pensée sauvage, Claude Lévi-Strauss démontre que la pensée n’est pas l’apanage des gens que l’on dit « civilisés »…  

« Quand nous commettons l’erreur de croire le sauvage exclusivement gouverné par ses besoins organiques ou économiques, nous ne prenons pas garde qu’il nous adresse le même reproche, et qu’à lui, son propre désir de savoir paraît mieux équilibré que le nôtre »

Extrait de La pensée sauvage de Claude Lévi-Strauss 


Qu’est-ce que penser?

Ce qui anime le chamois, ce n’est pas vraiment la pensée, ce n’est pas simplement l’instinct non plus… Erri de Luca, sous ses airs de fabuliste nous trouble un peu.
Quelque chose distingue la pensée de l’homme de celle du chamois, c’est la conscience du temps. Erri De Luca tout au long de son ouvrage n’aura de cesse de nous présenter comment le chamois, les sens à vif, agit (et l’action ne peut être qu’au présent !), comment le passé ou le futur ne sont jamais une théorie mais sont pour lui des variantes du présent. 
« Le présent est la seule connaissance qui est utile. L’homme ne sait pas vivre dans le présent. » constate Erri de Luca page 65. 
Ainsi le chamois ne sait pas vraiment qu’il va mourir. Il le sent, c’est un savoir différent.


Le style Erri De Luca

Le feu fait claquer des baisers de réconfort. L’âpreté extérieure donne des coups d’épaule, mais la flamme allumée garde unis le bois et la pierre. Tant qu’elle brille dans le noir, la pièce est une forteresse. Et l’harmonica est là aussi pour dominer le bruit de la tempête. (p. 38) 

Quand la tempête se calme, elle laisse la neige accroupie sur la cabane comme une poule qui couve. La pendule à la voix de coucou en bois frappe des coups de poussin dans son œuf. (p. 38)  

Quand un homme s’arrête pour regarder les nuages, il voit défiler le temps au-dessus de lui, un vent qui enjambe. Alors, il faut se remettre debout et le rattraper. Il se remettait au travail, débarrassait les troncs des branches latérales, laissant la touffe du sommet. A la fin de la coupe, il était épuisé. 
Chez lui, avec le premier feu allumé, il retrouvait ses forces et la patience de mener le jour à sa finition. Le soir émousse, polit une dernière fois au papier de verre le jour fait à la main. (p. 48) 


Musiques qui accompagnent notre podcast

Golden Locks de Bim Sherman 
Stravaganza d’Antonio Vivaldi 
La part sauvage du monde de Bruno Coulais, bande originale du film Les saisons de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud (2016) 
Guaranteed d’Eddie Vedder, bande originale du film Into the Wild de Sean Pean (2007). 
Go Your Way de Grace 
Sarabande de Haendel  
Lost Horses d’Asaf Avidan 

Le générique est extrait du titre L’instant magique d’Alex Pardossi 
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