Le coeur cousu, de Carole Martinez

Le coeur cousu, de Carole Martinez
Voyages littéraires

 
 
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C’est une terre sans âge, un village d’Espagne si isolé qu’on y oublie le reste du monde. C’est une histoire de femmes, une lignée de femmes qui détient un savoir ancestral qui jamais encore n’a été écrit. 


Citations


Extrait

« Du temps s’échappa. 
Une éternité de soleil dru. 
Et Frasquita Carasco sortit à son tour dans la rue, face à ses enfants. 
Ses cheveux soigneusement ramenés en un chignon bas et rond. Elle parut. Belle comme une jeune morte. 
Ils ne la reconnurent pas d’abord. Ils ne virent que l’éclat des mille roses de tissu qui paraient son corsage. Son cou, ses épaules, son visage s’échappaient en bouquets des fleurs aux pétales durs et soyeux. Elle resta un long moment muette dans une splendeur de noces, comme sculptée dans un matériau mixte : marbre, peau et tissu, chair de fleur et de femme mêlées. » 

Salvador Dali, Femme à tête de fleurs 

Poème

Le texte chuchoté pendant la bande-annonce de notre podcast est de Federico Garcia Lorca (1898-1936) « El paso de Siguirilla », extrait de Poema del Cante Jondo

Entre mariposas negras,
va una muchacha morena
punto a una blanca serpiente
de niebla.

Va encadenada al tremblor
de un ritmo que nunca llega ;
Tiene el corazon de plata
y un puñal en la diestra

Adonde vas Suiguiriya,
con un ritmo sin cabeza ?
Qué luna recogerà tu dolor
de cal y adelfa ?

Tierra de luz
Cielo de tierra

Parmi les papillons noirs,
s’en va une jeune-fille brune
avec un serpent blanc
de brume.

Elle s’en va, enchaînée au frisson
d’un rythme jamais venu
elle tient un cœur d’argent
et un poignard dans la main droite

Où vas-tu Siguirilla,
à ce rythme écervelé ?
Quelle lune recueillera
ta douleur de fleur et de chaux ?

Terre de lumière
Ciel de terre


Impressions de lecture

Carole Martinez ne se soucie pas de la chronologie. Elle suit le flux des pensées et l’on comprend les choses après les preuves (ou l’épreuve ?) des faits. 
C’est curieux, une narratrice non omnisciente. Pourtant on sait bien qu’elle raconte son passé. Elle ne prend pas la distance de la logique du temps. Juste celle des événements et des ressentis. Elle décrit ce qu’elle voit, mais la plupart du temps, ce n’est pas visible vraiment. On a du mal à cerner dans quel registre l’on se trouve. La cruauté du conte, le cru du réalisme, l’inattendu du merveilleux, l’invraisemblable, l’onirique ? Ou peut-être tout simplement l’univers de la folie… 

Durant les scènes les plus poignantes des anarchistes, on voit les lumières jaunes, le rouge du sang et les ombres les tableaux de Goya. À se demander si Carole Martinez n’avait pas placé ce tableau-là devant son bureau, et que toute cette seconde partie d’histoire n’avait été tissée autour de cette vision, ce qu’elle évoque, l’horreur qu’elle inspire et tout ce qu’elle inscrit au cœur de l’histoire d’Espagne. 

Francisco de Goya, les fusillades du 3 mai 1808

Musique

Extraits des titres choisis pour accompagner notre podcast : 
Concerto d’Aranjuez de Joaquin Rodrigo 
La sorcière et l’inquisiteur des Rita Mitsouko
Asturias – Leyenda d’Isaac Albeniz  
Siempre me quedarà de Bebe


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