Le conte des contes, de Giambattista Basile

Le conte des contes, de Giambattista Basile
Raconte-moi les contes

 
 
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C’est l’histoire d’une jeune princesse qui n’avait jamais ri.
Comment vous y prendriez-vous pour la faire rire ? Son père le roi a trouvé un moyen, mais ce jour-là où le fou-rire la prend, sa vie devient un enfer… 
Écoutez l’histoire de Zoza, un conte écrit par Giambattista Basile, un courtisan napolitain, fantasque, dont l’œuvre inspirera notre très national Charles Perrault. 


Citations


Qui est Giambattista Basile ?

Giambattista Basile est né à Naples aux alentours de 1575. Il entre d’abord au service de la Sérénissime République de Venise avant de revenir vers sa terre natale. Nous ne savons pas grand-chose de sa vie, si ce n’est qu’il est avant tout le frère d’une très célèbre cantatrice : Adriana Basile, véritable muse appelée auprès des plus grands de ce monde. Elle permet à son frère de fréquenter les cercles culturels les plus brillants de son époque. C’est le temps de la Commedia dell’arte. On dit que Giambattista Basile a côtoyé l’académie des Oisifs et aussi celle des Extravagants ! Le simple nom de ces académies nous en dit long sur la douce folie de cette période de l’histoire… 


Le conte des contes devient Le Pentamerone 

Giambattista Basile écrit son recueil en dialecte napolitain. Cela donne un langage très imagé, chargé des intonations de l’oralité, et souvent intraduisible. C’est ce qui fait sa valeur, mais sans doute aussi ce qui fait que ce recueil a été très mal diffusé.
Il ne sera accessible au public Italien pour la première fois que 40 après la mort de l’auteur. Sa sœur Adriana Basile le fera publier en 5 volumes, chaque volume correspondant à une journée. Elle donnera alors au recueil un autre nom : Le conte des contes devient Le Pentamerone.
Pourquoi ce nouveau titre ? Parce que d’une part, il renvoie au Décameron de Boccace, dont la construction est similaire. Mais surtout parce que l’histoire dans laquelle se racontent les 49 contes du recueil se déroule en 5 jours, et Pentamerone, en grec, cela signifie « Les cinq jours ».  

Illustrations de Franz Von Bayros pour le Pentamerone, 1909 


Giambattista Basile, Charles Perrault, les frères Grimm…  

Les contes que Giambattista Basile a transcrits étaient racontés principalement dans la région de Venise et en Crète. Nous trouvons parmi ces 49 contes des versions où la Belle au bois dormant s’appelle Thalia et porte des jumeaux après avoir été violée, nous trouvons Cendrillon sous le nom de Zezzola, bien moins mijaurée que celle que nous connaissons… nous retrouvons aussi Le chat botté, Peau d’âne, Blanche-neige, Raiponce et bien d’autres, dans des histoires souvent bien différentes…  

On dit que Charles Perrault, né 60 ans plus tard, a eu connaissance de Giambattista Basile. Mais ce sont les frères Grimm qui les premiers contribueront à le faire connaître puisqu’ils le font traduire en Allemand  par Felix Liebrecht en 1846 et s’en réclament abondamment. Voici ce qu’en dit Wilhelm Grimm : 

« Parmi ces contes, deux tiers, pour ce qui est des épisodes principaux, peuvent être trouvés en Allemagne, et sont courants dans ce pays aujourd’hui même. Basile ne s’est permis aucune altération, et c’est cela qui donne une valeur particulière à son œuvre. »  


Extrait du Conte des contes :    

« C’est ainsi équipée que Zoza partit pour son grand voyage. Elle traversa tant de forêts et de rivières, qu’au bout de sept ans, à l’heure précise où le Soleil réveillé par le chant des coqs selle son coursier pour va commencer sa course, elle arriva presque boiteuse au royaume de la Ronde Prairie. Là, à l’entrée de la ville, elle trouva une tombe de marbre blanc, au pied d’une fontaine d’où s’échappaient des larmes de cristal qui semblaient surgir d’une prison de porphyre. Zoza décrocha le pichet et le plaça sur ses genoux. 
Elle commença à pleurer, pleurer comme la fontaine de porphyre. Elle pleura ainsi sans relâche, sans jamais relever la tête pendant deux jours entiers. »

Walter Crane : Le roi grenouille (détail) 

L’analyse d’une littéraire :

« Le premier des contes de ce recueil est gros des quarante-neuf autres dont il doit accoucher. Pour accomplir cette parturition, il a recours à dix vieilles femmes  – sages-femmes –  dont chacune est saisie dans une particularité monstrueuse. Ces inquiétantes accoucheuses issues des tableaux d’un Caravage ou d’un Salvator Rosa, ou même des crèches « hyperréalistes » napolitaines, vont (…) narrer les contes hérités d’autres femmes du passé et qui pont pour fonction, en démasquant l’usurpatrice, de faire naître la vérité. Ici, donc, le verbe jaillit du principe féminin. » 

Myriam Tanant, préface au Conte des contes, 2012 coll. Libretto, 2012
Le Caravage, Judith décapitant Holopherne (détail), 1598
Salvator Rosa (1615-1673), Scène avec sorcière

Musiques :

Extraits des titres choisis pour accompagner notre podcast :
 
Tarentelle, musique populaire napolitaine
8 ½ de Nino Rota, extrait de la bande originale du film de Fellini
Andante spianato de Chopin 
La soledad de Pink Martini
Danse de la fée dragée, extrait du ballet Casse-noisette de Tchaïkovsky 

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