Le petit chaperon rouge des frères Grimm

Tout Avec Presque Rien
Tout Avec Presque Rien
Le petit chaperon rouge des frères Grimm
/

Bande-annonce

Une enfant qui porte un chaperon, ce n’est pas de son âge, c’est très démodé ! Mais la petite fille ne s’en soucie pas. C’est un cadeau de sa grand-mère, et elle l’aime tellement qu’elle ne le quitte plus.


Citations


La version de Charles Perrault

Le nom du Petit chaperon rouge a été inventé par Charles Perrault au 17ème siècle. Il circulait dans le haut moyen-âge un conte similaire qui s’intitulait La petite robe rouge, le rouge étant l’habit de fête. L’idée du chaperon -sorte de chapeau que ne portaient que les vieilles femmes- apporte un nouveau symbole à la celui de la couleur. Est-ce pour cette raison que le conte poursuit dès lors son évolution sous ce nom ?

La version de Charles Perrault se termine lorsque le loup mange la grand-mère et la petite fille. L’imprudence est fatale ! Le message est clair : c’est la mort et tout est terminé… Il y a une sorte de « vraisemblance » dans cette fin funeste. La moralité ne peut pas être plus explicite !

On voit ici que de jeunes enfants (…)
font très mal d’écouter toute sorte de gens.
Et ce n’est pas chose étrange s’il en est tant que le loup mange.
Je dis le loup, car tous les loups ne sont pas de la même sorte. (…)
Hélas ! Qui ne sait que ces loups doucereux,
de tous les loups sont les plus dangereux

Charles Perrault,
Les contes de la mère l’Oye,
extrait de la moralité
Gustave Doré, Le petit chaperon rouge, 1890

La version des frères Grimm

Ouvrons le ventre du loup, découpons-le à coups de ciseaux ! Une petite fille et une grand-mère en sortent ? recousons-le avec de grosses pierres à l’intérieur. Pas de cri, pas de sang, le loup ne se réveille même pas !

D’aucuns trouvent cette version un peu simpliste. Je la trouve pour ma part très drôle ! C’est exactement le genre d’histoire que les enfants se racontent lorsqu’ils s’amusent à donner vie à leurs jouets !

On est d’emblée dans cet ailleurs où le raisonnement ne se soucie pas du « vraisemblable ». La raison, sans la vraisemblance, voilà le point de rencontre entre les contes et la pensée des enfants. C’est peut-être à cela que les contes doivent leur postérité ?

La façon malicieuse de présenter la « morale » de cette histoire sous la forme d’un scenario qui se répète, c’est très enfantin, c’est vrai, mais c’est aussi l’occasion de mettre en scène la complicité entre la petite fille et sa grand-mère. La façon dont elles complotent à partir d’un jus de saucisses ajoute le burlesque à la malice. J’adore !

Un peu d’histoire

Parus la première fois en 1812, les Contes de l’enfance et du foyer signés par Jacob et Wilhelm Grimm ont été un immense succès. Les deux frères ont connu de leur vivant 7 rééditions en trois volumes, dont l’une illustrée par leur frère Ludwig Emil Grimm, et pas moins de 10 éditions abrégées en un seul volume.

Le plus grand succès correspond à la 3ème réimpression, en 1837, au moment où la bourgeoisie commence à se préoccuper davantage des enfants.

Ludwig Emil Grimm :
Frédérique en robe rouge (fille de l’artiste)

…Et les versions plus anciennes ?

Dans les versions les plus anciennes, l’enfant est un garçon déguisé en fille, qui par cette ruse, espère tuer le loup plus facilement.


En Chine, ce n’est pas une petite fille, mais trois qui tombent dans les griffes du loup… Les versions Coréennes ne parlent pas de loup, mais de tigre. Grrrrr…


Il existe aussi un conte intitulé « Le Petit chaperon bleu ». Cette fois, il s’agit d’un garçon et ce n’est pas un loup qui le mange, c’est une vache !


50 ans après Charles Perrault, un auteur nivernais du nom d’Achille Millien pose par écrit une version qui met l’accent sur le choix de la petite fille :
« Choisis-tu le chemin des épingles ou bien le chemin de aiguilles ? » demande le loup… épingles ? aiguilles ? que peut bien signifier ce dilemme ?

Les aiguilles servaient à faire de la couture, elles représentent le travail domestique, la vie de famille… Quant aux épingles, elle ajustaient les foulards, ramassaient les cheveux, en un mot, elles servaient à être coquette… Que croyez-vous que la petite fille a choisi ?


Italo Calvino, dans les années cinquante juste avant de rédiger son célèbre roman Le baron perché a réalisé un véritable travail d’explorateur des mémoires. Il a recueilli les versions italiennes d’un grand nombre de contes. La version du Petit chaperon rouge s’intitule « La fausse grand-mère ». Elle présente une petite fille très ingénieuse qui pactise avec la rivière pour déjouer la ruse d’une ogresse déguisée en grand-mère.


Pour une analyse des détails symboliques du conte dans ses versions les plus anciennes, écoutez Bernadette Bricout dans l’émission de France-Inter


« Je vais te dévorer de baisers ! »

D’où vient l’idée que l’on puisse manger quelqu’un avec des baisers ?
Que signifie l’entrée de l’enfant dans le lit de sa grand-mère ?
Cannibalisme, étonnements, premières menstruations…
Les questions affluent et les réflexions vont bon train dans tous les domaines :

Côté psycho :

Le Petit Chaperon Rouge a perdu son innocence enfantine en rencontrant les dangers qui existent en elle et dans le monde, et elle l’a échangée contre une sagesse que seul peut posséder celui qui « est né deux fois » (…) Quand le chasseur ouvre le ventre du loup et la libère, elle renaît à un plan supérieur d’existence ; capable d’entretenir des relations positives avec ses parents, elle cesse d’être une enfant et renaît à la vie en tant que jeune fille.

Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées

Côté couleurs :

Le rouge : c’est le feu et le sang, l’amour et l’enfer. (…)
Contrairement à ce timoré de bleu, le rouge, lui, est une couleur orgueilleuse, pétrie d’ambitions et assoiffée de pouvoir, une couleur qui veut se faire voir et qui est bien décidée à en imposer à toutes les autres.

Michel Pastoureau, Le petit livre des couleurs

Côté langage :

Dans Le petit chaperon rouge, il n’y a pas de fée ni de prodige, mais il y a une utilisation de la langue à la fois magique, et même érotique !
Anne-Marie Garat développe cette idée dans Une faim de loup, paru en 2007 chez Actes Sud.
Écoutez-la dans cette émission de France-Culture 


Le petit chaperon rouge et les artistes

Voici une petite cueillette de mes reprises préférées :

Côté animation :

L’incontournable interprétation glamour et insolente de Tex Avery en 1943 :  

Côté art :

Warja Lavater a imaginé en 1965 un livre qui raconte l’histoire du Petit chaperon rouge sans les mots ! Personnage et éléments du décor sont des figures géométriques colorées… Une façon originale de « lire » cette histoire en nous immergeant dans nos impressions sensorielles.
C’est insolite, un livre sans mot, pour un conte qui vient de l’oralité !

Côté théâtre :

Un conte moderne, actuel, pédagogique, interactif, écrit et interprété par Dorothée Leveau et Anthony Alborghetti, mis en scène par Salvatore Caltabiano. Tout au long du spectacle, grands et petits se familiarisent avec l’anglais en chantant avec “Little Red” et la conseillent sur les décisions à prendre.

https://www.facebook.com/lepetitchaperonrougeanewyork/


Quiz

  1. Qu’apporte le Petit chaperon rouge à sa grand-mère ?
  2. Quelles sont les 5 recommandations de la mère ?
  3. Quelles sont les 5 parties du corps de la grand-mère qui étonnent l’enfant ?
  4. Qu’est-ce qui alerte le chasseur ?
  5. Pourquoi le loup meurt-il la première fois ?
  6. Et la seconde ?

Musiques

La Valse favorite de Mozart
Jazz in Paris par Media Right Production
Le générique vient d’une très vieille boîte à musique trouvée dans le grenier  ;-) 


Réponse du quiz :
1-une galette et du vin.
2- « Fais vite, avant qu’il ne fasse trop chaud !
Et sois bien sage en chemin,
Et ne va pas sauter de droite et de gauche, pour aller tomber et me casser la bouteille de grand-mère, qui n’aurait plus rien.
Et puis, dis bien bonjour en entrant
Et ne regarde pas d’abord dans tous les coins »
3-Les oreilles, les yeux, les mains, la bouche, les dents
4-Les ronflements de la grand-mère
5- « Quand le loup se réveilla, il voulut bondir, mais les pierres pesaient si lourd qu’il s’affala et resta mort sur le coup »
6- « Il glissa… et tomba tout droit dans l’auge de pierre, où il s’assomma et se noya »